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Débrief : Arabie Saoudite 2021.


https://f1only.fr/max-verstappen-convoque-chez-les-commissaires-a-djeddah/
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Avant de commencer ce Debrief, j'ai besoin d'écrire. De laisser parler mon ressenti à l'issue de l'une des plus grosses farces de toute l'Histoire de la Formule 1. Je suis déçu, dégouté, et pour la première fois depuis Suzuka 2014, je n'avais pas envie d'être devant ma télévision ce Dimanche soir. Je n'ai pas envie de voir Abu Dhabi. Je n'ai pas envie d'être une nouvelle fois déçu après de sûrement trop belles attentes. Alors j'ai besoin d'écrire.



Après environ quatre mois sans Formule 1, notre sport préféré est de retour en Australie. Lewis Hamilton se présente en immense favori, encore une fois, pour aller chercher sa 6e couronne mondiale. A ses côtés, Valtteri Bottas est déterminé à la lui prendre. Il en va de même des pilotes Ferrari et Red Bull qui, comme les années précédentes, savent qu'ils n'auront que peu d'opportunités de détrôner les ogres allemands. Mais l'envie est là. Plus les jours passent, plus la pression monte avant les premières séances officielles de ce Grand-Prix d'Australie 2019.


Mais tout ça est très vite oubliée, le 14 Mars 2019, quand le cirque de la Formule 1 apprend le décès tragique de Charlie Whiting, Directeur de Course, et affectueusement le grand papa de tous les pilotes. Un drame. Tout le paddock est en deuil. Mais malheureusement, ou heureusement pour sa passion, « Show must go on ». Cependant, il faut lui trouver un remplaçant. Un remplaçant au poste de Directeur de Course, mais au poste de référent de la sécurité également, et aux nombreux autres rôles officieux que jouait ce géant du sport.


C'est un australien qui, chez lui, endossera ces responsabilités. Michael Masi. Michael Masi n'est pas étranger au monde de la Formule 1. Encore moins de celui de la course automobile. Et sa réputation n'est plus à faire. Très respecté dans son pays pour son rôle de Directeur de Course du Supercar australien, il intègre le grand monde de la FIA par la Formule 2 et la Formule 3. Petit à petit, il grimpe les échelons, et arrive au côté de ce regretté Charlie. Mais remplacer l'homme qui a construit le métier de Directeur de Course tel qu'on l'entends n'est pas une chose facile. Faire le travail de plusieurs hommes en n'étant qu'une seule personne n'est pas chose aisée non plus. C'est pour cela que Michael est alors considéré comme un intérimaire. Il devra par la suite conserver ce rôle de Directeur de Course qu'il connaît tant, et être suppléé ensuite par des personnes compétentes à chacun de leurs postes. Mais cela n'arrivera jamais.


Un bon dans le temps, et nous sommes le 5 Décembre 2021, en Arabie Saoudite. Déjà critiqué de très nombreuses fois depuis sa prise de position, Michael Masi est sur le point de nous délivrer l'une des performances les plus honteuses et ridicule de toute sa prestigieuse carrière. On a déjà pu aller contre ses décisions à de nombreuses reprises : Turquie 2020, quand un engin de levage est en piste alors que les voitures reprennent une séance par exemple. Des décisions inconstantes et incohérentes, qui alternent entre une application stricte des règles et un « Let them race » trop laxiste. Un Grand-Prix de Belgique que l'on pensait comme apothéose de l'incompétence de l'Australien qui, malheureusement avec le temps, a terni une image qui était pourtant si belle il y a encore 3 ans. Puis l'Arabie Saoudite. La Formule 2 qui donnait le ton, avec des interventions déjà très controversées. Gaguesques au possible. Des prises de décision très longues. Pas toujours logiques. Puis la Formule 1. Un premier drapeau rouge sorti quelques tours après une Safety Car, qui vient fausser une première partie de course, et finalement l'intégralité de l'épreuve. Des distances non réglementaires entre les voitures sous ces mêmes Safety Car d'ailleurs. Pas moins de 5 Virtual Safety Car en l'espace d'une dizaine, quinzaine de tours, pour des débris tous déposé sur la piste au même moment. Une négociation invraisemblable entre les grandes instances du sport et une équipe. Une séquence digne d'une sitcom humoristique, qui avec du recul est très drôle, mais réellement très grave. Des consignes passées à une équipe, pas l'autre, puis malgré le respect de ces consignes, des pénalités qui tombent, puis des enquêtes, puis des pénalités encore, et des enquêtes, etc.


Finalement, c'est un mélange incohérent de « A prendre ou à laisser », de marchandage comme au souk, et d'un manque cruel de recul sur des questions de justice et principalement de sécurité évidentes. Quand un Directeur de Course fait des bonds sur sa chaise depuis chez lui en voyant le nombres de choses qui ne sont pas réglementaires sur ce weekend, il y a de sérieuses questions à se poser. Que ce soit du détail insignifiant de la taille des panneaux Safety Car, à l'équipement en gants et chaussures spéciales des commissaires, rien ou presque n'allait ce weekend. Et tout ça, c'est à la gouverne de Michael Masi qui, avant chaque épreuve, fait le tour de toutes les installations du circuit, pour déterminer si oui ou non l'épreuve peut avoir lieu. Ce weekend, la réponse évidente était « non ». Mais l'argent, les pressions politiques et l'enjeu de cette saison aura fait basculer la balance vers un « oui » dont on se serait bien passé. A choisir entre râler parce qu'on nous enlève une course déterminante pour le titre, et râler parce qu'on nous présente un weekend qui vire au ridicule sur presque tous les points, mon choix est vite fait. Et celui de Masi aurait dû être vite fait également.


En 2019, Michael Masi a dû s'installer au sommet du pinacle du sport automobile, en catastrophe. Trois années après, il est temps de déposer son badge, et de tenter autre chose avec quelqu'un d'autre. Il n'est pas seul. C'est toute une équipe qui est complètement dépassée par les enjeux d'une saison historique, et de l'évolution d'un sport qui ne va pas dans la bonne direction. Mais leur représentant n'est en rien un bon porteur de flambeau. Souvenez-vous des malheureusement trop nombreuses erreurs de Michael Masi. Combien de fois a-t-il fait son mea culpa, en reconnaissant sa faute ? Aucune. Des fois c'est comique, comme des commissaires qui ne savent pas comment passer une poudre absorbante sous les yeux du Directeur de Course, parfois c'est dangereux, comme en Turquie, et parfois c'est tout simplement injuste, comme ce weekend où, à tour de rôle, Mercedes et Red Bull ont profité de décisions illogiques.


Merci d'avoir dépanné. Merci d'avoir tenté de remplacer un Charlie Whiting indéboulonnable de ce sport pour tout ce qu'il lui a apporté. Merci pour tout ça. Mais merci de laisser votre place, et d'aider ce sport à aller mieux. Sans vous.



Bon... Ceci étant dit... Si vous en êtes toujours, nous allons passer, sans évoquer tous ces incidents, au Debrief de ce Grand-Prix qui restera sans l'ombre d'un doute dans l'Histoire de la Formule 1...



C'était le scénario rêvé ! Arriver à Abu Dhabi avec nos deux protagonistes à égalité. C'est simple. Celui qui termine devant l'autre sera Champion du Monde. Mais tout ça, ce sera ce weekend. Hier, Lewis Hamilton s'est imposé sur un tracé que tout le monde lui promettait, avec en prime, le point du meilleur tour. Et pourtant, ça n'a pas été aussi simple que prévu. Même si tout le long du weekend il semblait au-dessus du lot, surtout en rythme de course, la Red Bull de Max Verstappen ne lui a pas laissé de répit. Dès le Samedi d'ailleurs. Comme depuis Bahreïn en Mars, les deux pilotes étaient sur leur planète. Pas la même que d'habitude certes. Lewis Hamilton nous offre un tour exceptionnel, qui lui donne la pole position. Puis Max Verstappen s'élance, et délivre l'un des plus beaux tours de toute sa jeune carrière. Jusqu'au dernier virage. Et c'est le drame. Le mur. Et Valtteri Bottas qui lui chipe la P2. Et finalement, pour Mercedes c'était le scénario rêvé, même après le départ ! Hamilton était en tête, Bottas deuxième, et Verstappen ne semblait pas en mesure de tenir le rythme très longtemps. Le doublé était à portée. Surtout que Verstappen était seul dans la bataille, Sergio Perez étant trop loin pour tenter quoi que ce soit. Si l'on saute tous les événements de la course, c'est tout de même un très bon résultat pour Hamilton et Mercedes. Ils reviennent à égalité au classement des pilotes, ils s'envolent un peu plus au classement des équipes, et Bottas vient grimper in extremis sur la troisième marche du podium, sur la ligne.


Parce que dans tout ce carnage sportif et réglementaire, celui qui en a le plus profité c'est Esteban Ocon. Le Français s'est fait tout petit pour, lors des trois départs, réussir à gagner ou conserver des places importantes pour la 5e place d'Alpine au classement. Surtout qu'Alpha Tauri était nulle part en course, comme au Qatar. Mais difficile de résister à l'ogre Mercedes. Cela reste un très bon weekend pour lui. Et paradoxalement, malgré leur mauvais rythme, c'est un très bon weekend aussi pour l'autre Français du plateau : Pierre Gasly. Il termine P6, et profite lui aussi d'incidents tout autour de lui pour venir se positionner là où à la régulière, sa voiture ne le lui aurait pas permis. Un beau weekend de nos Frenchies. Cocorico !


Un bon weekend aussi pour Ferrari qui, là aussi en course, semblait ailleurs. Finalement, terminer P7 et P8 reste une très bonne chose dans la lutte qui les oppose à McLaren, puisque les deux voitures orange de Ricciardo et de Norris terminent respectivement P5 et P10. Une perte d'un seul petit point pour Ferrari sur leurs concurrents à l'amorce de la toute dernière course de la saison. De quoi leur assurer, sauf conditions particulières, le podium au classement général.


Tant qu'on est sur ce prisme de la positivité et de la réussite, il faut souligner l'excellent weekend des Alfa Romeo qui inscrivent même des points grâce à Antonio Giovinazzi ! Il aura fait sa course l'Italien. Il aura même offert de très belles manœuvres, audacieuses, mais surtout propres. Assez rare pour être souligné ce weekend. En revanche, weekend très difficile pour Aston Martin et Williams qui trustait le fond de grille. Sebastian Vettel aura été victime de deux accrochages, et Lance Stroll échoue à la porte des points dans l'anonymat le plus complet.



Beaucoup de choses sont à dire finalement sur ce weekend. Ce qui explique la longueur de ce Debrief d'ailleurs... On a parlé vaguement de la vaste blague qu'a été la FIA, on a parlé du sportif, mais parlons du circuit.


Sur le dessin, au pilotage, et à la TV, je dois avouer que je suis conquis. J'ai adoré. C'est beau, spectaculaire, plaisant, extrêmement bien filmé, et dans un cadre assez unique. Les pilotes sont constamment à la limite, on sent la difficulté que c'est d'enchaîner ces virages sans trop savoir ce qui vient ensuite, et on a véritablement l'impression que toutes les monoplaces sont sur des rails tant les images s'approchent de l'art.


Mais c'est à peu près tout. Alors c'est déjà pas mal d'un côté. Mais l'autre côté, celui de la sécurité, est complètement à revoir... Très peu de dégagements pour les pilotes en cas de crash (ce qui explique qu'ils sont tous restés de très longues minutes dans leurs voitures), des commissaires incompétents et formés à la va-vite, un éclairage uniquement réservé à la piste et non aux routes d'accès, aucune grue, des Manitou qui ne viennent pas en piste, aucune procédure pour changer les TecPro, une piste étroite, terminée quelques heures avant la séance d'essais de F2, etc.


Pour être honnête, Samedi soir, je me réjouissais de revenir à Jeddah en début de saison 2022. Dimanche soir, ce n'était plus du tout le cas. J'ose espérer que des leçons seront retenues pour l'an prochain, mais je ne sais plus à quoi m'attendre. Sécurisez ce tracé du mieux possible, et il n'en sera que plus beau. Peu importe tout l'aspect politique qu'il y a derrière l'arrivée de ce circuit, permettez nous, aux fans, mais aussi aux pilotes, de pleinement profiter d'une nouvelle venue dans les règles de l'art. Mais visiblement, c'est trop demander...



Qui a le plus perdu ?

J'ai beau eu tourner cette question dans tous les sens, je n'ai pas réussi à trouver autre chose à dire que ce que la FIA nous a offert. J'en ai déjà parlé, je n'ai pas envie de m'étaler plus sur le sujet. C'est déjà assez long comme ça. Red Bull a sûrement perdu le titre par équipe, Verstappen a perdu une opportunité de faire un gros coup avant la dernière course, Aston Martin a perdu la chance de marquer des points dans une course rocambolesque, Alpine a perdu le podium, etc. Mais hormis la FIA, je ne vois personne sortir du lot. Rubrique vide finalement ce weekend.


Qui a le plus gagné ?

Mercedes. C'est, je pense, le titre des Constructeurs qui a été gagné ce weekend. Avec 28 points d'avance sur Red Bull juste avant la dernière manche, tout semble plié, sauf cas particulier. Et puis sur la course, il y a eu une limite de la casse énorme de la part de Mercedes. Un double arrêt sous Safety Car qui se transforme en énorme épine dans le pied au moment du premier drapeau rouge, un Valtteri Bottas englué dans le trafic, qui peine à remonter, un Lewis Hamilton enfantin qui a failli perdre très gros, etc. Le tout pour, au final, réussir à s'imposer, avec le meilleur tour en prime, et à placer leurs deux voitures sur le podium. Chez Mercedes, si l'on est pas Champion du Monde des Pilotes, on pourra se consoler avec ce titre qui leur tend les bras plus que jamais.


En bref.

+ Peu importe comment, les résultats sont là : on aura un final de fou à Abu Dhabi !

+ Tout le monde a plus ou moins répondu présent : les leaders, leurs coéquipiers (en quelque sorte), le midfield, et derrière il n'y a pas eu tant de déceptions que ça. Un weekend agréable sportivement.

+ Le circuit vraiment plaisant. Des Qualifications impressionnantes à une course animée et où dépasser n'est pas impossible !


– Mais un manque cruel de sécurité. C'est affligeant à un tel niveau du sport.

– La FIA. Encore et toujours la FIA. Qui ce weekend nous a offert une prestation clownesque, qui reste dans l'Histoire du sport comme l'une des plus belles honte que pourra porter cette fédération.

– Hamilton et Verstappen qui se comportent comme deux enfants. Le titre est en jeu, les enjeux sont immenses, et non pas avoir deux pilotes matures qui se battent pour un titre mondial, on a deux enfants qui font des caprices. Et leurs grands frères respectifs ne semblent pas mieux.



Finalement, ce weekend, j'ai perdu une sorte de confiance. Confiance en la FIA pour appliquer un règlement destiné à rendre justice, et à créer une compétition saine. Confiance en Hamilton et Verstappen pour rester des Gentlemen, et nous offrir un sprint final correct. Confiance en la sécurité qui semble passer en second plan sur des événements qui préfèrent investir dans des spectacles son et lumière (fabuleux au passage) plutôt que dans des infrastructures nécessaires à l'accueil de la Formule 1. Finalement, j'ai perdu confiance en cette saison qui me faisait vibrer et aimer ce sport comme cela ne l'avait jamais fait. J'ai envie d'être à Abu Dhabi (oui c'est bon, je me suis calmé, j'ai envie maintenant), pour voir qui sera le vainqueur, et tourner la page, me souvenir que du bon, et penser à 2022. Globalement, devant la farce qu'a été ce Dimanche (aussi en F2, on en parle demain), j'ai tout simplement perdu plusieurs heures de ma journée. Mais c'est ma passion. Et au fond, j'aime un peu ça. Sinon je ne serais pas resté, et je n'écrirais pas ces lignes... Et puis je suis un connard aussi, j'aime me plaindre... Bisous.


En hommage à Sir Frank Williams.

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