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Derrière la visière de... Hadrien David.


FORMULA.
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Plus jeune champion de Formule 4 de l’Histoire et membre de la Renault Sport Academy en 2020, Hadrien David, 17 ans, est un nom dont on a beaucoup entendu parler ces deux dernières années en formules de promotion. Après une saison 2020 en Formule Renault en deçà de ses attentes (dixième, un podium), le Charentais revient en Formula Regional by Alpine (FRECA), avec R-ace GP pour la saison 2021, qui commence dans deux semaines à Imola. Sur ce même circuit, en essais de pré-saison, il a réalisé les meilleurs temps des deux journées… Juste avant cela, il m’a fait l’honneur d’une interview (ma première !).

Mesdames et Messieurs, je vous propose donc de passer avec moi, derrière la visière d'Hadrien David.

Tu étais avec R-ace GP pendant toute la semaine dernière : une première impression ?

Ça me fait plaisir de revenir chez eux, on avait eu une super saison 2019 ensemble. Déjà en F4 Française, j’avais mon ingénieur qui était de chez R-ace. J’ai fait la F4 Allemande avec eux, mes premiers essais en Formule Renault, donc on se connaît très bien. Il y a déjà une osmose et c’est le plus important dans une équipe. C’est ce que je n’avais pas réussi à créer l’année dernière (chez MP Motorsport NDLR.). Au début de la saison, j’étais vraiment pas bon, ça venait de moi, mais je n’étais pas dans un environnement où je pouvais performer. J’ai mis beaucoup de temps à bien m’entendre avec mon ingénieur.


On a vraiment l’impression qu’il y a un déclic à mi-saison, où tu te bats difficilement pour les points au début, et qu’après, c’est tout le temps Top 5/Top 6 à la régulière en qualifs et en course.

Oui, ça a été le déclic avec l’ingénieur, mais aussi sur moi-même. Au début, je me disais « je vais faire comme j’ai toujours fait, comme ça marchait avec R-ace ». Mais au final, je pouvais vraiment pas, ça ne marchait pas. Je ne comprenais pas : j’arrivais d’une super saison et là, c’était ridicule. Au fil de la saison, quand je me suis rendu compte que j’étais trop loin de mes objectifs, je me suis dit « autant faire à la manière de l’équipe », casser toutes ces barrières-là, et la 2e partie de la saison a été vraiment meilleure. Vraiment ce qu’il y a à retenir de la saison 2020, c’est plus l’aspect psychologique que l’aspect pilotage.


Avant cela en 2019, tu as une saison absolument incroyable en F4 (vainqueur de sa première course, plus jeune champion de Formule 4 en remportant le Championnat de France). Il y a commencé à avoir un petit emballement médiatique autour de toi. Est-ce que tu penses que tu as eu une pression par rapport à ça, comme un nouveau statut de future star possible de la F1 à assumer ?

Je ne pense pas que ça m’aie perturbé, dans le sens où ça fait partie du sport. Je sais qu’en étant dans le sport, il y a des années où on passe de héros à zéro comme en 2020 et où on se fait vite oublier, et d’autres où on revient sur le devant de la scène. C’est commun à tous les sportifs.

Par rapport à cet emballement médiatique, quand j’ai annoncé ma venue chez Renault l’année dernière, je répondais à tous les commentaires que je pouvais, un par un. Et je me suis fait défoncer par Éric (Boullier, son agent NDLR.) qui m’a dit « interdiction de faire ça, t’as passé combien de temps à répondre ? C’est honteux, c’est du temps où tu travailles pas, où tu fais quelque chose qui t’apporte zéro, ça sert à rien. ».


Justement, à propos des réseaux sociaux, tu es très présent avec plus de 68k abonnés sur Instagram, et pour un pilote de formules de promotion, c’est énorme (par exemple, Pourchaire en F2 n’en a même pas la moitié). À quel point c’est important dans ta carrière ?

C’est un gros sujet de discussion avec Éric. Maintenant, ce n’est plus moi qui gère tout ça, depuis cette deuxième partie de saison 2020, donc au moins ça me libère. Je t’avoue que ça me prenait énormément de temps, 3 heures par jour parfois. Je suis conscient de ce que ça m’apporte, d’avoir un gros public, de nouvelles possibilités de sponsors, mais comme me disait Éric, ça ne m’aide pas directement pour piloter. Ça m’aide maintenant parce que je n’y ai plus accès et que ça ne m’apporte que du bonus. Si c’était moi qui devais m’en occuper, ce ne serait vraiment pas rentable, c’est trop d’énergie.


Et si on revient au présent et à la saison 2021, ton objectif, c’est directement le titre ? Car même si R-ace est une excellente équipe, voire l’une des meilleures, en face il y a ART Grand Prix et Prema Powerteam, qui ont des moyens financiers plus importants.

Je pense qu’honnêtement, c’est un objectif réaliste, oui. Après, je ne regarde pas de cette manière-là. J’ai juste à bien faire le boulot et on verra en fin d’année ce que ça donne. Que ça fasse premier ou que ça fasse troisième, ce qui compte, c’est que je fasse du bon boulot et que les gens s’en rendent compte. Ça dépend que de moi et c’est le plus important. Ce qui compte, c’est de faire une année avec la manière. Je préfère gagner cinq courses et avoir trois abandons ce qui me fait rater le titre, que de finir troisième toute l’année.


Je voulais partager une anecdote que j’ai trouvée à propos d’un certain Pierre Gasly. En 2012, il avait fait 10e de sa première saison de Formule Renault, ce qui avait été jugé moyen par Red Bull qui lui avait retiré son soutien. L’année suivante, il est passé chez R-ace GP, en finissant par être sacré champion, lui permettant de revenir chez Red Bull. Est-ce que ça peut te donner des idées ?

Cette anecdote, je la connais, et en plus de cela, quand Pierre a gagné le titre, il avait le numéro 10, comme moi cette année. Je touche du bois, mais bien sûr si ça se passe de la même manière, ça sera un rêve. Mais si ça se passe pas comme ça, et que je finis dans les 3, ça sera aussi un bel accomplissement, après une année aussi terrible : ce qui est important, c’est de montrer de quoi je suis capable et de jouer le titre.


En ce qui concerne l’Alpine Academy, qui n’a décidé de prendre cette année que des pilotes de F2/F3, t’écartant de facto de l’académie. Est-ce que tu ambitionnes un retour, en 2022, un peu comme Victor Martins l’a fait ?

Ce n’est pas du tout l’objectif principal de retourner chez Alpine. L’objectif c’est vraiment de faire une belle saison cette année. Après que ça soit chez Alpine, Red Bull ou n’importe qui, moi personnellement, ça ne me change pas grand-chose. C’est juste important de faire une belle année, de montrer de quoi je suis capable, ce que je n’ai pas réussi à faire l’année dernière.


Et à long terme, la F1 est ton seul objectif ? Ou est-ce que les 24 Heures du Mans, la Formule-e, l’IndyCar peuvent t’intéresser ?

La Formule 1, ce serait vraiment le top, c’est ce que je vise. Mais ma vie ne tourne pas autour de ça. Dans le sens où, si c’est pas la F1, ça me plairait beaucoup de faire une carrière aux États-Unis. Tout dépendra de cette année, mais j’aimerai vraiment partir aux États-Unis. Je trouve qu'il y a vraiment de super formats là-bas, c’est vraiment un pays passionné. C’est quand même super pour un pilote, la vie américaine. Je pense qu’on peut être très heureux en faisant ce plan de carrière-là.

Si je remplis mes objectifs cette année en montrant de quoi je suis capable, ça devrait ouvrir des portes, sûrement vers la FIA F3. Faudrait essayer de faire une seule année en F3, dans une bonne équipe, et ensuite passer en F2, plutôt sur du deux ans. Et ensuite, si ça se passe bien, la F1, donc vers 2025-2026. Mais si ce plan-là ne tient pas, y'a vraiment moyen de faire carrière sur un autre continent, je pense.

Propos recueillis en Mars 2021.

Article bouclé le 1er Avril 2021.


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