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Derrière la visière de... Pierre-Louis Chovet.


FORMULA.
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Vice-champion de Formule 3 Asiatique pendant l’Hiver, Pierre-Louis Chovet, 19 ans, a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois. Et toujours en bien. Cinquième de Formule Régionale Europe en 2020 après une année quasi-blanche, l’Avignonnais a signé chez Jenzer Motorsport pour la saison 2021 de FIA Formule 3 qui commence à Barcelone dans deux semaines. Pour préparer sa saison, il s’est engagé en F3 Asie, décrochant cinq victoires en quinze courses, face à des pilotes comme Guanyu Zhou ou encore Jehan Daruvala, déjà vainqueurs en F2. Une semaine après ses premiers essais de pré-saison à Spielberg, « PLC » m’a accordé ma 2e interview pour FORMULA.

Mesdames et Messieurs, je vous propose donc de passer avec moi, derrière la visière de Pierre-Louis Chovet.


Que retires-tu de ton passage en F3 Asie cet Hiver : une frustration d’être passé si proche du titre, ou quand même une satisfaction d’avoir pu montrer ton talent face à des pilotes aussi expérimentés?

Alors sur le moment, je vais dire la vérité : c’était vraiment frustrant, puisqu’en arrivant sur le dernier weekend, j’avais 32 points d’avance. On manquait de vitesse dès le début du weekend et on a jamais réussi à revenir dans le coup par la suite. C’était énervant et frustrant sur ça. Mais maintenant avec le recul, je suis super content. J’ai quand même battu Daruvala qui a gagné une course en F2, ça voulait dire que j’avais franchi un step. Au final, je suis très content de mon titre de Vice-Champion et de mon record de victoires au championnat.


Avant la F3 cette année, il y a 2019, année cruciale de ta carrière où tu décides de passer de la F4 à l'EuroFormula (championnat de F3 régionale avec des motoristes différents), et où après trois manches, tu décides d’arrêter la saison. C’était un pari très osé, où tu aurais pu te faire oublier rapidement. Comment est-tu venu à ce choix d’arrêter une saison ?

C’était un championnat particulier avec la balance de performance, mon équipe a changé de motoriste en cours de saison, c’était compliqué… On a décidé de partir car on ne pouvait plus performer de cette manière-là. C’était difficile comme décision, mais on a arrêté en Juillet. Et on a décidé avec mes partenaires de garder du budget pour trouver un Top Team en 2020. Donc j’ai fait des essais avec Van Amersfoort Racing (VAR) et Prema en Formule Régionale. Après cette année quasiment blanche, j’ai signé avec VAR pour la saison 2020 et tout s’est très bien relancé depuis un an. J’ai plutôt fait une bonne année avec 7 podiums, 1 pôle, 1 victoire et une 5e place au championnat. J’ai des sponsors qui tiennent la route, j’ai un bon entourage. Tout a failli s’écrouler il y a deux ans, et ça a rebondi un peu in extremis. J’ai un peu de chance, et mais c’est aussi grâce à beaucoup de travail.

Justement, j’avais cru lire, il y a quelques années, que, un peu à la manière d’Anthoine Hubert, c’est toi-même qui allait sur le terrain dénicher les sponsors un par un…

En fait à la base, mes parents ne voulaient pas que je fasse du sport auto ou du karting. Mon père était un ancien sportif de haut niveau en VTT-descente, et il connaissait bien Stéphane Ortelli, un vainqueur des 24 Heures du Mans. Du coup, il connaissait l’environnement, il savait combien ça coûtait des saisons en monoplace et il n’avait pas du tout les moyens. Je faisais pas mal de motocross à cette époque et un jour il m’a dit : « Si tu veux t’acheter un karting, t’as qu’à vendre ta motocross ». Il était sûr que je n'allais pas le faire. Mais je l’ai fait, donc j’ai pu acheter mon premier kart à 11 ans, ce qui était assez tard par rapport à d’autres. À partir de là, j’ai pu m’inscrire en championnat régional, mais mon père me disait qu’après ça, c’est moi qui allait devoir me débrouiller. Donc ok, j’ai fait un beau PowerPoint sur un petit Mac, et je suis allé démarcher, faire du porte-à-porte… Je pense que les gens ne m’aidaient pas vraiment pour le projet, mais plus pour la démarche, puisqu’à 12 ans, c’était impressionnant pour un chef d’entreprise de voir ça. Et donc ça a commencé comme ça, et c’est toujours le cas aujourd’hui. J’ai des grands rendez-vous à travers la France. Faire les démarches avec les sponsors moi-même, j’avais l’impression que ça aurait plus d’impact d’y aller personnellement. Et du coup ça a bien marché, c’est grâce à ça aussi que j’ai trouvé assez de sponsors pour la saison de F3 à venir. C’est un peu ma manière de faire, j’ai toujours fait comme ça.


Revenons dans le présent. Tu as signé pour la saison de FIA F3 avec Jenzer Motorsport, alors que tu avais testé avec trois autres équipes en fin d’année 2020. Pourquoi ce choix ?

Après les essais, j’ai pu rencontrer Andreas Jenzer, directement en Suisse. Les propriétaires étaient très proches, les ingénieurs, les mécaniciens… et ça m’a plu, ce côté familial. Pour débuter en FIA F3, j’avais besoin d’une structure à taille familiale, plus restreinte. Et côté sportif, Yuki Tsunoda avait bien performé chez eux, il y a des bonnes datas à prendre. Et surtout, mon objectif c’est de faire pareil, voire mieux que Yuki Tsunoda. Ça me mettrait en valeur. Lui il avait fait neuvième au championnat. Donc voilà, faire un Top 10 avec une, voire plusieurs victoires.


Jenzer Motorsport est une petite équipe, tu le dis toi-même ; c’est une équipe familiale. L’année dernière, ça a été un peu compliqué pour eux (P9 au Championnat Équipes), même si Matteo Nannini a tout de même fait un podium. Est-ce que tu penses que tu pourrais être un peu limité face aux Top Teams comme Prema ou ART ?

Oui, mais en même temps, ça me mettra encore plus en valeur si je fais des résultats. La collaboration entre DAMS et Jenzer va m’aider. Par exemple, je me retrouve avec un ingénieur de chez DAMS sur les essais et sur les courses, donc je pense que ça va élever mon niveau, en plus du niveau de l’équipe. Donc là-dessus, je suis assez confiant.


La semaine dernière, tu as eu tes premiers essais de pré-saison sur le Red Bull Ring : comment ça s’est passé ? Tu ne découvrais pas exactement la voiture vu que tu avais fait deux manches en fin d’année dernière, mais quel était ton feeling avec l’équipe ?

Le feeling était bon. On a un peu manqué de préparation sur le premier jour, où on était pas très rapide, c’était assez frustrant. Le deuxième jour, on a réussi à redresser la barre grâce à une meilleure préparation. Je crois qu’on a fait 14e l’après-midi, donc c’était pas trop mal sur un tour lancé. Mais en rythme de course, c’était mieux, autour de P8 ou P9, quelque chose comme ça. Donc voilà, on va continuer à pousser. Le but c’est les points, et le podium un peu plus tard !


Cette année, il n’y a que sept manches en Formule 3, donc 21 courses, avec Barcelone, le Paul-Ricard, le Red Bull Ring, Budapest, Spa, Zandvoort et Austin. Quelle est la manche que tu attends le plus ?

Austin. Je pense que ça va être une première fois pour tous les gens de ma génération. J’y joue sur simulateur sur iRacing, mais ça a l’air vraiment plaisant à rouler, ça va être une épreuve hors-normes. Après, forcément, j’attends aussi le Paul-Ricard car c’est comme à la maison. J’habite à 45 minutes du circuit : c’est l’épreuve locale, je l’attends avec impatience. Spa aussi, ça va être un très beau spectacle.


Une question un peu plus globale sur le championnat de Formule 3. Qui vois-tu jouer en tête devant ?

Franchement, c’est difficile à dire sur les essais. Mais moi, je vois bien Vesti, Smolyar… Hauger… Novalak… Il y en a beaucoup qui peuvent jouer devant. Crawford, on a vu que ça pouvait aller vite, Martins, Collet, aussi. Leclerc c’était un peu moins bien sur les essais, mais en général ça peut aller vite aussi. Mais bon, on ne peut pas dire grand-chose de plus sur ces essais. On est beaucoup à pouvoir gagner une course.


Tes objectifs pour l’année prochaine, pour 2022, ce serait plutôt la FIA F3 sur deux ans en allant dans un Top Team comme Prema ? Ou d’aller directement en F2 chez DAMS justement ?

Alors oui c’est ça, il y a deux options. L’option numéro 1, c’est de bien performer en F3 avec un top 8, ce serait très bien pour une première année, et ensuite d’intégrer la F2, peut-être avec DAMS. Ça c’est l’objectif numéro 1. Après, un Top 12 au championnat, ce serait bien pour aller dans une top écurie de F3 comme ART ou Prema.


La Formule 1 est-elle ton seul objectif, ou tu vises d’autres championnats ? L’IndyCar, la Formule E, les 24 Heures par exemple ?

Pour l’instant, la F1 est mon seul objectif. J’ai vraiment envie d’aller en Formule 1. J’aime vraiment l’IndyCar, et j’aime bien l’endurance aussi. C’est sûr qu’avec Peugeot qui revient, Audi, etc. ça peut vraiment faire un beau championnat. La Formule E, c’est une technologie très intéressante, j’ai eu pas mal de cours théoriques dessus, avec pas mal de simulateur avec Venturi il y a quelques années. Mais pour l’instant, je préfère me concentrer sur la F1, et si ça marche pas, le prototype ou l’IndyCar m’intéresseraient beaucoup.

Propos recueillis en Avril 2021.

Article bouclé le 22 Avril 2021.


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