• T.L.

Les pilotes payants.


FORMULA.
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L'arrivée de Nikita Mazepin sur la grille pour cette saison 2021 aura relancé l'un des sujets les plus tendu de la sphère Formule 1 : les pilotes payants. Eternel débat entre mérite et argent, cette catégorie de pilote s'attire très souvent les foudres des fans, puisque "pas assez bon pour arriver en F1 sans l'argent". Mais qu'en est-il vraiment ? La réalité des années 80 est-elle toujours d'actualité dans les années 2020 ? Qui sont les grands méchants de cette saison qui sont arrivés ici sans talent, mais avec une grosse mallette ? Y'en a-t-il ? Autant de questions auxquelles je vais essayer de répondre, avec l'assurance de ne rien vous assurer, et de ne donner que mon avis. Vous vous attendiez à quoi ptdr..?

Je vous invite donc, mesdames et messieurs, à vous plonger avec moi dans l'univers impitoyable des pilotes payants.


C'est quoi un pilote payant ?

Commençons par le commencement. Qu'est-ce qu'un pilote payant ? Et bien selon la grande majorité des définitions que l'on trouve à droite à gauche, on qualifie de pilote payant un pilote qui n'est pas payé par son équipe. Pour les économistes, partez du principe que le pilote n'est pas salarié de son équipe. Il roule alors "gratuitement", et paye même l'écurie pour cela, en apportant des sponsors plus ou moins importants. Nous garderons cette définition tout au long de notre développement.


C'est un phénomène qui ne date pas d'hier. Ni d'il y a 10 ans. Ni d'il y a 20 ans. Ni de.. Bon, vous avez compris. En fait, si l'on ne se penche que sur la Formule 1, le concept de pilote payant existe depuis le tout premier Grand-Prix de l'Histoire. Et le plus connu des pilotes payants de l'époque ? Juan Manuel Fangio. Et oui, outre un coup de volant fabuleux, déjà à cette époque, l'argent était le nerf de la guerre, et une belle liasse facilitait nettement les choses. L'Argentin a réussi à atteindre les sommets de son sport grâce notamment aux soutiens financiers de Juan Peron, alors Président de l'Argentine.


Mais alors attends Tim.. Tu voudrais nous dire que les pilotes payants ne sont pas mauvais ? Eh bien cher lecteur qui pose une question rhétorique à travers ce que j'écris, puisque tu en parles, non. Alors certes, certains des pilotes payants comptent parmi les pires pilotes que la discipline n'ai jamais connue. Que le sport automobile n'ai jamais connu. Mais cet amalgame pilote payant = mauvais pilote est entièrement faux.


Connais-tu Niki Lauda ? Triple Champion du Monde de Formule 1, il est arrivé en F2, puis en catégorie reine, grâce à une belle mallette bien remplie. Et il n'est pas le seul. Plus récemment, on peut citer d'autres noms très connus.. Michael Schumacher, placé chez Benetton grâce à un gros coup de pouce financier de Mercedes. Fernando Alonso, qui a réussit à obtenir des volants prisés grâce au soutien de ses sponsors Telefónica, puis Santander. Sebastian Vettel, débarqué en F1 grâce à l'implication de Red Bull. Lewis Hamilton, dont toute la carrière a été financée par McLaren/Mercedes. Et sauf erreur de ma part, aucun de ces Champion du Monde n'est mauvais..


Une coutume assumée.

Pour les équipes, c'était totalement normal d'engager un pilote pour l'argent qu'il apportait, d'une fortune personnelle, ou de sponsors au bras long. Parce que oui, même à l'époque où les Formule 1 n'étaient que des cercueils sur roues, c'étaient des cercueils qui coûtaient cher.. Frank Williams, par l'intermédiaire de sa première écurie, Frank Williams Racing, en avait d'ailleurs fait sa marque de fabrique. Rare étaient les pilotes qui faisaient plus d'une demi-saison avec l'équipe, et encore, je tape large.. A vrai dire, en l'espace de deux ans, Frank Williams Racing aura connu 10 pilotes différents. Ce qui fait une moyenne de 3 à 4 Grand-Prix par pilote.. En comptant les courses Hors-Championnat..


Les pilotes payants ont été, et sont encore aujourd'hui, des poumons économiques pour les équipes. Quand l'on regarde les structures présentes dans les années 80 et 90, rares étaient celles qui dépendaient de gros organismes. C'est bien moins le cas aujourd'hui, avec des équipes créées à partir de marques déjà immenses dans leurs secteurs respectifs : Mercedes, pilier de l'automobile, comme Alpine (feu Renault), Ferrari, dont l'héritage est intouchable, Red Bull, monstre dans les boissons énergisantes et les sports extrêmes, etc. Et si l'on regarde bien, les écuries qui ont encore recours à des pilotes payants ces dernières années sont les seules structures restées à peu près indépendantes : Alfa Romeo (ex-Sauber), Williams, Racing Point, pour ne citer qu'elles.


Pilote payant ou pas ?

Mais.. Tim.. Tu parles bien de pilotes payants là ? Oui cher lecteur, et c'est un abus de langage totalement volontaire que beaucoup, moi le premier, faisons. Parce que si l'on se fixe à notre définition de début d'article, la grille de 2021 ne compte aucun pilote payant.


Que ce soit Nikita Mazepin, Nicholas Latifi ou Sergio Perez, aucun d'entre eux n'est payé QUE par ses sponsors. Pour preuve, en 2020, on estimait que les équipes des deux derniers cités leur versaient respectivement 1 et 8 Millions de dollars. Bien qu'on n'ai pas de donnée pour 2021, Nikita Mazepin est lui aussi payé par Haas. Cela ne les empêche pas pour autant de toucher plus, grâce à des sponsors, à de la publicité, par exemple. Si l'on prend Lewis Hamilton, dont les revenus annuels sont estimés à 40 Millions d'euros en 2020, on peut très aisément faire grimper ce chiffre grâce à ses collaborations avec Monster, Tommy Hilfiger, etc.


Place imméritée ?

Ok, c'est bien, on apporte un élément de réponse. Mais cela n'enlève pas pour autant la question du mérite en ce qui concerne les autres pilotes éligibles aux volants de Formule 1. On se souvient tous du cas Ocon/Stroll, en 2018, quand le Canadien, alors très décrié, allait mettre le Français, très en forme, sur la touche. On peut aussi parler de Mazepin ou Latifi, qui bouchent peut-être un volant à des pilotes meilleurs qu'eux, mais ayant moins de "kichta", comme disent les "djeunes".


On peut noter, pour tenter de réduire ce débat sur le (très) long terme, l'arrivée des budgets capés, qui, au bout d'un moment, devraient permettre d'arriver en Formule 1 sans avoir besoin d'injecter autant d'argent qu'aujourd'hui. S'il y a moins d'argent à dépenser, il y aura moins d'argent à injecter. Ca parait logique. Mais qu'on se le dise, c'est un peu une vision utopiste du sujet..


En tous cas, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que depuis plusieurs années, qu'on le veuille ou non, les pilotes de Formule 1 méritent leur place. Et ce grâce à un petit bout de papier qu'on appelle "Super Licence". Ce truc-là empêche que des pilotes arrivent en catégorie reine pour servir de chicanes mobiles. Même Nicholas Latifi, dont le niveau est peut-être le plus bas de la grille actuelle, a accumulé suffisamment de bons résultats dans les catégories inférieures pour obtenir une place légitime en Formule 1. Je répète, aucun des 20 pilotes de la grille n'est arrivé là par hasard.


Hors Formule 1.

Ce n'est par contre pas le cas dans les catégories inférieures, où le statut de pilote payant, si l'on continue de se fixer à notre définition initiale, est encore d'actualité. En fait, si on l'applique bêtement, tous les pilotes juniors sont des pilotes payants, puisqu'aucun n'est rémunéré par son équipe. Et comme on peut le voir cette année, et les autres années, certains pilotes n'ont vraiment rien à faire ici, mais ont obtenu un volant grâce à de très gros billets très verts.


La différence dans l'esprit du grand public se joue notamment dans les soutiens. Si l'on observe Théo Pourchaire, sa voiture est blindée de sponsors. Sa tenue aussi. Même son masque est un panneau publicitaire. Preuve que le Français peine à aligner le montant nécessaire à rouler en F2. Il est néanmoins soutenu par de nombreuses structures, qui croient en son talent, et qui voient en cet investissement, un projet rentable. En opposition, si l'on revient deux ans en arrière, et que l'on regarde Mahaveer Raghunathan, ce dernier n'a jamais arboré le moindre sponsor. Pas besoin quand on a suffisamment de sous pour rouler comme bon nous semble.


La situation est similaire en Formule 3, quel que soit le championnat, et idem en Formule 4. Un exemple éloquent en FFSA F4, où les voitures sont toutes similaires, même dans le design. On peut alors voir les jeunes pilotes soutenus par beaucoup de monde, avec des pontons remplis de stickers, les pilotes soutenus par une grosse entité avec un ponton dédié à cette structure, et les pilotes dont l'argent ne pose pas de soucis, avec des pontons vierge du moindre logo. Bon, cela peut aussi vouloir dire que le pilote n'a pas le moindre sponsor qui le soutiens, et qu'il ne va pas faire long feu, mais c'est déjà plus rare.


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Bon. Du coup, si l'on résume, on peut donc dire qu'en 2021, la grille de Formule 1 ne compte aucun pilote payant. Tous apportent des sponsors, plus ou moins importants, et tous sont payés par leur équipe.


Une affirmation claire, nette et précise, que l'on a cependant tendance à déformer, pour distinguer un pilote moins méritant qu'un autre. Nikita Mazepin et Nicholas Latifi sont, sur la grille, les pilotes qui en souffrent le plus. Mais encore une fois, même s'il y a meilleur qu'eux, il ne faut pas oublier qu'ils ont obtenu les points nécessaires pour rouler en Formule 1, et que peu importe leur talent par rapport aux 18 autres pilotes de la grille, objectivement, ils méritent d'être là où ils sont. Le raccourci est trop rapidement fait entre un pilote talentueux dont les finances ont aidé pour arriver en F1 et un pilote payant comme on l'a définit.


J'espère que ce petit dossier vous aura permis d'y voir un peu plus clair, et comme moi, de changer votre façon de voir les choses, et les pilotes payants.


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